
Le Pérou, dernière étape du repérage. Je nous revois avec Francis, il y a plus d’un an et demi en train de faire la liste des sites incontournables pour le film. La règle est simple, vertigineuse, il faut choisir un site par continent, autant dire ne pas se tromper. Au jeu des florilèges voici l’argument qu’il propose pour le choix en Amérique du Sud : «au parc du Manu au Pérou, les taux de biodiversité atteignent des records dans la plupart des familles animales et végétales». Il faut aller voir à quoi ça ressemble et dans quelles conditions logistiques on y accède.
Me voici à Lima, broyé par le vol ajouté aux semaines de préparations et d’écriture qui ont précédées. Je ne sais à peu près rien du Pérou, que les lieux communs, et je n’aime pas me documenter sur un pays avant de partir, je préfère le choc frontal du dépaysement, je suis servi !
La ville est immense, éclabousée sur la bande désertique qui longe la côte Pacifique. Premier aperçu du régime climatique qui ordonne tout ce que l’on va découvrir ensuite sur le terrain. La biogéographie est rarement aussi lisible que dans ce paysage. Les Andes bloquent toute arrivée d’air humide venue de l’Est, du lointain Atlantique et de l’Amazonie brésilienne laissant la bande côtière dans l’aridité. Se poser à Lima, c’est se poser dans le désert.
Le cœur de la ville semble tout neuf, à l’image du développement économique de ce pays dopé par sa richesse en matières premières. Antoine notre correspondant sur place, me raconte ses quinze ans ici, témoin de la mutation qui s’opère, il me dit que c’est un pays en renaissance qui laisse derrière lui les années obscures du terrorisme. Trafic surchargé, population métis qui s’entassent dans les minibus, heures de pointe, par la fenêtre du taxi je découvre la ville. Premières impressions, un délice, ici on conduit beaucoup au klaxon.
Dîner en hypnose dans un resto à la mode sur le front de mer, d’immenses falaises qui dominent le Pacifique, jet lag, sept heures d’écart avec la France. Description des étapes du repérage, pour l’heure que des noms sans images et des heures de pirogue, de voiture à venir qui s’amoncellent. Le cadre du voyage a été parfaitement préparé par l’équipe, les contacts sur place ont l’air bons. Je suis inquiet et curieux, chaque décision que j’aurai à prendre ici sera lourde de conséquences logistiques, économiques et artistiques. Les délais que nous nous sommes fixés pour le début de tournage s’amenuisent à toute vitesse. Demain nous serons de nouveau dans un avion à 6h du matin, deuxième étape du voyage vers la forêt péruvienne.
LJ